
Audition ou Examen ?
Les examens de fin d’année ont été supprimés dans les conservatoires au profit des auditions et des spectacles collectifs. Certains s’en réjouissent – l’enfant est moins stressé, les notations sont inutiles –, d’autres le regrettent. Car, qu’on le veuille ou non, la vie est un perpétuel examen. L’élève qui apprend à aller au bout de son travail, à gérer son comportement et à dominer ses émotions, voire à rater une épreuve, sera mieux à même de réussir sa vie personnelle et professionnelle.
Tout allait bien…
Il y a plusieurs années déjà, il a été décidé… de supprimer les examens de fin d’année pour les remplacer par des participations à des auditions de classe ou autres activités collectives. Cette réforme faisait partie de l’instauration des cycles, prévoyant de regrouper plusieurs niveaux en trois ou quatre ans. Adieu donc D1, D2, P1, P2 (pour cycle 1) ou E1, E2, M1 et M2 (pour cycle 2) !
Nos élèves, pourtant, se sentaient bien, installés dans un niveau bien défini et pouvaient, de cette façon, facilement se repérer par rapport à leur niveau scolaire : 6e, 5e, 4e… Et tout allait très bien comme cela…
Ils savaient que chaque fin d’année leur apporterait une sorte de vérification de niveau qui leur donnerait une récompense concrète et palpable sur un beau diplôme signé du directeur, de l’inspecteur. Certains avaient déjà choisi le cadre du tableau à suspendre dans le salon… Et tout allait très bien comme cela…
Après avoir vécu plusieurs expériences publiques de ce type, on attendait chaque année le jour de l’examen. On fixait la date (mai ou juin) et les pièces choisies en commission étaient données. Chaque année, on organisait, quelques jours auparavant, les répétitions avec le piano. On réunissait les élèves d’un même niveau pour les faire travailler en groupe. Et puis, devant quelques parents attentifs et vigilants, “on se faisait le film de l’examen”.
Voilà ce qui se passait annuellement avant cette réforme, pour laquelle les professeurs – qui sont, eux, sur le terrain – n’ont hélas pas été consultés.
Rien ne va plus…
Aujourd’hui, au lieu d’un résultat qui rassure quant à un niveau, ils sont dans un flou de termes qui les perturbent un peu. Ainsi, ce “CII1”… (lire cycle II, 1re année), au lieu de “E1” qui était tout de même plus simple et exactement pareil…
Certains – et je l’ai entendu dire – pourraient se croire en “vacances de contrôle” pendant ces trois ou quatre années…
De tout temps, les établissements musicaux dits CNSMD, CRR, CRD ou autres ont offert la possibilité aux élèves de se produire lors de concerts publics organisés. Ces prestations hebdomadaires regroupent tous les instruments : on les nomme “petit kiosque”, “heure musicale”, “une heure avec”, “le salon de musique”…
Les professeurs inscrivent le nom de “l’artiste”, la pièce à interpréter, le minutage et la date choisie. Ce concert dure une heure ou un peu plus.
Peuvent être programmées également des auditions, qui soudent une classe, incitent à des rencontres entre élèves. Les parents et grands-parents en profitent pour écouter leurs petits enfants. C’est le “concert” ! On s’habille bien et on laisse les baskets au vestiaire…
Tous les professeurs reconnaissent l’utilité de ces coutumes qui ont fait leurs preuves auprès de générations de musiciens. Certains, très motivés – il en reste –, trouvent le temps d’organiser des ensembles…
L’examen est une épreuve indispensable pour tout musicien, amateur ou futur professionnel.
La différence entre l’examen et l’audition
Aucune explication n’a été donnée à la suppression des examens de fin d’année.
Budget réduit ? Surcroît d’organisation ? Changement d’orientation pédagogique ?
Questions intéressantes, qui auraient pu faire l’objet d’un débat entre les autorités et nous, professionnels de la pédagogie.
Alors, faisons bien la différence entre ces deux notions : “examen” et “audition”.
L’examen ou le concours – deux mots qui font trembler aujourd’hui – jalonneront la vie d’un étudiant, quelle que soit sa future profession. Pour devenir ingénieur, avocat, ébéniste, musicien ou autres… et pour être sélectionné, il devra toujours se présenter devant un jury qui donnera sa décision en fonction de certaines exigences. Préparons-le alors le mieux et le plus souvent possible à ces expériences !
Les surmonter devient une chose utile dès le plus jeune âge. L’étudiant apprend à gérer son comportement, à dominer son émotion (qui n’est pas du tout la même que celle d’une audition devant des amis ou des parents) et doit s’attendre à des critiques et pas seulement à des applaudissements bienveillants.
Il est vrai que ces moments sont difficiles pour le concurrent – du mot “concours” – et les larmes ont souvent mouillé les sols des salles d’examen. C’est une épreuve pour les élèves – quel que soit l’âge –, pour les parents, mais aussi pour les professeurs. Le résultat est implacable, mais, à son issue, le jury donne l’explication de ce résultat. Ces personnes en cravate et crayon en main vont résumer en quelques phrases ce que les professeurs s’efforcent de faire comprendre tout au long de l’année. Ces moments-là sont irremplaçables dans la vie d’un étudiant, qu’il soit futur professionnel ou amateur. De toute façon, c’est lui qui choisira son destin (encore faudra-t-il qu’il soit prêt lorsqu’il se sera déterminé). Rappelons que les pédagogues sont là pour l’aider dans sa décision et non pour se valoriser grâce aux résultats de l’élève…
Alors, pourquoi le priver de ces expériences ? Donnons-lui les moyens les plus efficaces, à une fréquence rapprochée, pour dominer ces épreuves. Le jury deviendra alors un partenaire et non un juge (à condition qu’il ne détruise pas l’élève, comme on peut le voir parfois…).
Le jury doit tenir son rôle
Il y aurait beaucoup à dire sur la tenue d’un jury et sur son comportement à l’égard des candidats. “Bonjours et mercis” froids et officiels – quand il y en a –, rires, froissements de papiers, bâillements pendant l’épreuve, regards appuyés vers la montre, conversations, délibérations qui n’en finissent pas… certains vont même jusqu’à secouer la tête pour montrer leur agacement… Enfin, tout est réuni pour mettre à l’aise le candidat fragilisé par le stress de l’examen.
À croire parfois que ces mêmes membres du jury n’ont jamais vécu ces épreuves lors de leurs études (avant ou après les réformes des cycles, leurs études ?).
C’est la raison pour laquelle, mesdames et messieurs les directeurs d’établissement, vous vous devez d’être vigilants quant au choix du jury ! Certains “mots tueurs” peuvent être la cause de la démission du candidat.
Les professeurs doivent absolument préparer ces examens de façon à ce que le passage devant ce jury devienne un “moment musical” et non celui d’un tribunal.
L’examen fait travailler
De plus, il a été prouvé que ce sont dans ces périodes que nos élèves font le plus de progrès. Les pièces travaillées pour ces épreuves sont tant imprégnées de concentration qu’elles restent en tête tout au long de la vie…
Sur un cursus complet, les “cycles” prévoient deux ou trois passages devant un jury extérieur. L’ancien système, au moins sept ou huit… Le compte est vite fait.
Si toutefois l’élève ne peut supporter ces épreuves (ce qui peut être compréhensible pour certains), il peut toujours avoir recours aux cours particuliers avec “petit-concert-goûter-de-fin-d’année-incorporé…”.
Et tout va bien pour lui !
Malgré les “directives…”, les pédagogues continuent pour la plupart à organiser ces épreuves en intra-cycles, mais de façon officieuse, avec un jury interne et bénévole… souvent trop bienveillant. D’autres plus hardis, demandent à des amis musiciens de venir gracieusement écouter leurs élèves.
Les épreuves de fin d’année existeront toujours
L’épreuve “officielle” de fin de cycle, devenue triennale ou quadriennale, demande aux élèves de franchir trois ou quatre marches de l’échelle en même temps et nous savons tous ce que représente le danger d’un trop grand pas sans avoir les expériences régulièrement renouvelées du passage devant un jury…
Multiplions les concerts, mais rendons leur place aux examens annuels devant un jury étranger à l’établissement, ce que réclame d’ailleurs la grande majorité des professeurs et élèves, conscients de leur nécessité.
Pour ma part, mon choix est fait : les épreuves de fin d’année existent et existeront toujours. Je m’efforce cependant de les dédramatiser en les préparant avec le plus de professionnalisme et de soin possibles dans un climat de détente et de bienveillance et en prévenant de leurs éventuels écueils.
Mais, de grâce, que l’on consulte les professeurs sur des points aussi importants que les examens… qui ont fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui, des enseignants attentifs et compétents autant sur la scène et que dans une classe de cours.
Frédéric Borsarello